François Germinet, président de l'université de Cergy-Pontoise, a remis vendredi 6 novembre, son rapport destiné à promouvoir et accroître l'implication des universités dans la formation professionnelle tout au long de la vie à Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et Thierry Mandon, secrétaire d'État chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Consulter le rapport de la mission confiée à François Germinet.
Rapport Germinet - Proposition de typologie des actions de Formation Continue Universitaire (Alain Gonzalez)
Comparaison n’est pas raison. Les chiffres qui rendent compte du faible taux de pénétration par les universités du marché de la formation continue cachent en réalité une situation plus complexe qu’il faut avoir à l’esprit si l’on souhaite porter le développement de cette activité.
L’offre universitaire n’est pas homogène. Elle se compose d’au moins quatre domaines partiellement voire complètement distincts et dont les conditions de réussite pour les universités peuvent être spécifiques.
Ces 4 domaines questionnent sur le type d’organisation intégrative qu’il convient de construire et sur les stratégies et les ressources partagées et spécifiques qu’il faudrait déployer afin de mener de front le développement de ces 4 axes.
Le premier des champs est celui de la promotion sociale, certes très nettement délaissée par les financeurs, mais qui au travers du Diplôme d’Accès aux Etudes Universitaires (6000 diplômés DAEU en moyenne par an) et de la Capacité en droit, demeure bien réel.
Ce domaine particulier cofinancé par les Régions et les universités n’entre pas dans le champ concurrentiel. Il doit faire partie intégrante du service public de l’enseignement supérieur. A ce titre réintroduire les inscrits au DAEU dans les effectifs ouvrant droit à la dotation générale de fonctionnement aurait le mérite d’inscrire définitivement la préparation de ce diplôme parmi l’offre de formation universitaire même si son financement est en partie spécifique (Région-Etat). Les universités doivent maintenir leur position sur ce terrain sans nécessairement en faire l’axe prioritaire de leur développement formation continue.
Second domaine d’activité : la formation continue en santé.
Les universités qui disposent d’une faculté de médecine mais qui plus globalement couvrent le champ de la « santé » ont généralement une activité formation continue très développée. La pratique formation continue dans ces facultés est « naturelle ». Elle s’appuie notamment sur des diplômes d’université de spécialités généralement plus courts que nos diplômes nationaux et dont le financement provient en grande partie des participants eux-mêmes.
A ceci s’ajoute le « Développement Professionnel Continu » (DPC) qui a pris le relais de la Formation Médicale Continue (FMC) ces dernières années. Dans le cadre du DPC les actions de formation qui doivent être labellisées, sont courtes et n’excèdent généralement pas plus d’une vingtaine d’heure par stage. Ces stages qualifiants sont en plein développement mais l’encadrement particulier de l’activité, y compris financièrement, les situent à part de l’activité formation continue traditionnelle. Certes la concurrence existe notamment avec les laboratoires et instituts qui proposent également des stages DPC mais les universités et notamment leurs facultés de médecine disposent, grâce à leurs enseignants-chercheurs et à leurs laboratoires de recherche, d’un avantage comparatif fort vis-à-vis de leurs concurrents. Encore faut-il que les conditions de montage et de réalisation de ces actions se rapprochent des conditions que proposent les opérateurs privés à leurs intervenants qui parfois sont les nôtres.
Le troisième domaine d’activité de la formation continue à l’université (FCU) consiste en l’ouverture de nos diplômes nationaux en reprise d’études.
Deux situations sont possibles. La première s’apparente à une formation initiale différée. Elle permet à tout candidat de pouvoir débuter ou reprendre à l’université ses études en visant un diplôme national. En 2013 cette possibilité a représenté près de 50 000 diplômés. Le financement de ces parcours passe par les fonds de la formation professionnelle continue. Les stagiaires suivent généralement les enseignements dans le cadre de groupes mixtes qui regroupe aussi des étudiants de formation initiale.
Les parcours qui sont proposés sont souvent mal adaptés aux publics en reprise d’études. L’individualisation des parcours, envisageable dès lors que les diplômes sont découpés en blocs de compétences, ne pourra se faire qu’à partir du moment où l’organisation même des établissements aura évolué de manière à faciliter le suivi de ces parcours particuliers et la capitalisation des compétences acquises.
La seconde situation qui se distingue de la première, concerne des étudiants déjà diplômés de l’université mais qui souhaiteraient pour des raisons personnelles ou professionnelles à un moment particulier de leur parcours obtenir une certification complémentaire (acquisition d’une licence professionnelle pour un DUT ou un BTS ou d’un master pour un diplômé de LP).
Le LMD et plus généralement les objectifs en terme de diplômes pour une certaine classe d’âge, vont amener de plus en plus de candidats à ce type de reprise d’études.
La validation des acquis est une entrée possible à condition qu’elle soit systématique et qu’elle s’appuie également sur la déclinaison en blocs de compétences de nos diplômes permettant une validation plus rapide et surtout une prescription post validation partielle si nécessaire, facilement réalisable par le candidat.
On voit bien que l’enjeu de l’approche compétences c’est aussi de répondre à cette demande à la fois sociale et professionnelle. Il faut par contre être en mesure de prendre en compte le parcours professionnel, les études initiales, les expériences et le projet des individus. On est ici au coeur du débat sur le Compte Personnel Formation (CPF) et les conditions pour que les universités y aient une place pleine et entière.
On peut s’accorder sur le fait que sur ces 3 premiers domaines les universités disposent encore de grandes marges de progrès pour peu qu’elles proposent une offre lisible et modulable en fonction des objectifs et des caractéristiques de chacun.
Reste à aborder un domaine plus récent pour les universités et dont les facteurs de réussite sont très spécifiques : les stages courts qualifiants.
On ne dispose pas aujourd’hui de données précises sur ce que représente en termes d’activité ce champ au sein de la FCU. Ce que l’on peut affirmer c’est que c’est sur ce terrain que les marges de manoeuvre des universités sont les plus fortes. On peut gager aussi que c’est sur ce terrain que la concurrence des opérateurs privés sera la plus vive. Le marché existe et les universités font figure d’entrants potentiels avec les réactions probables des présents confrontés à la menace universitaire. Nous possédons d’indéniables atouts pour peu que nous nous organisions.
Sur ce marché l’offre des universités peut être spécifique (sans lien avec nos diplômes) mais également se composer d’éléments constitutifs de nos certifications universitaires. Le diplôme n’est pas l’objectif premier du salarié ou de l’entreprise. Il peut par contre constituer un élément de différenciation par rapport à l’offre privée.
L’acquisition de nouvelles compétences est l’objectif réel. Cette demande émanera d’institutions économiques (entreprises, associations, collectivités…) mais aussi des salariés eux-mêmes lorsqu’une transition professionnelle sera envisagée (contrainte ou pas).
C’est également sur ce terrain que le lien avec la recherche devra être renforcé.
Développer ce type de formations courtes c’est passer d’une logique de l’offre à une logique de la demande. Cela nécessitera une meilleure perception et anticipation des besoins en nouvelles compétences des secteurs d’activités et des branches partenaires des établissements. Cette veille est indispensable au développement de cette activité mais n’est pas suffisante. Cela pose la question de notre tarification qui devra s’appuyer sur une approche en coûts complets et une comptabilité analytique précise. Les autres opérateurs ne manqueront pas d’accuser les universités de concurrence déloyale et de transfert de charge vers nos autres activités si nous ne sommes pas clairs sur ce point.
La question est de savoir si le modèle économique et la politique, y compris tarifaire, peuvent être comparables sur chacun des sous-ensembles qui composent la FCU ou si sur ce domaine particulier, à l’instar des SAIC, il ne serait pas judicieux d’opter pour une comptabilité séparée.
En outre, réussir sur ce segment c’est se donner les moyens de pouvoir recruter plus facilement lorsque cela est nécessaire et de s’appuyer également sur des compétences en marketing et en communication dont nous ne disposons encore que très rarement.
Enfin dernier point, la formation continue qualifiante, plus encore que les autres segments qui composent l’offre universitaire devra appuyer son développement sur l’utilisation des ressources pédagogiques numériques (FOAD). Répondre aux besoins des salariés et des entreprises c’est à la fois raisonner compétences et penser l’action de formation hors temps de travail. Consulter le rapport de la mission confiée à François Germinet.